Saint Évêque Théophane le Reclus

– LETTRE 32 –

Gloire à Toi, Seigneur ! Voilà qu’est arrivé le temps du Carême. Et vous m’avez fait plaisir en m’annonçant votre décision de faire pénitence au plus vite. Et ne changez pas d’intention. On fait aussi pénitence lors de la Semaine Sainte, mais vous, n’attendez pas jusque là. Font pénitence la Semaine de la Passion, soit ceux qui l’ont déjà fait les semaines précédentes et qui ont soif de communier une seconde fois; soit celui qu’une nécessité y oblige, ou celui qui désire en terminer au plus vite avec cet effort car il n’y aurait là que trois jours à tenir. A vous, nous allons attribuer le premier cas.

Que Dieu vous bénisse donc, pour une pénitence, telle qu’elle doit être : tout ce à quoi vous avez pensé, doit être fait par chaque pénitent, et jeûner , et aller à l’Eglise, et s’isoler, et lire, et méditer, et s’occuper de soi – tout est nécessaire. Mais il faut diriger toutes ses actions vers un seul but : une communion digne aux Saints Mystères du Christ. Pour se confesser correctement, il faut purifier son âme par le repentir. Pour se repentir correctement, il faut avoir la véritable contrition et la ferme résolution de ne plus offenser le Seigneur. Pour cela, sont indiqués tous les autres exploits de pénitence, et d’aller à l’église, et la prière à la maison, et le jeûne, et tout le reste.

La première action de pénitence est  d’entrer en soi. Nous sommes empêchés d’entrer en nous et de nous occuper de nous, par les occupations quotidiennes, les soucis et les pensées qui errent sans retenue en ce monde. C’est pourquoi le pénitent pour la durée de la pénitence, autant que cela est possible à chacun, doit arrêter ses activités et, au lieu de vaquer à ses affaires, rester chez lui. Cette interruption des activités est de la plus grande importance dans la pénitence. Celui qui ne s’y pliera pas œuvrera cahin-caha. Voilà , et vous aussi, vous devez agir ainsi. Pour si minimes que soient vos occupations, elles vous distraient. Approchez donc de la pénitence, ayant tout remis à plus tard.

Supposons  donc : vous avez tout laissé et vous vous êtes assise dans votre chambrette. Et qu’y faire ? On peut dans l’isolement aussi se retrouver dans le vide. Il faut s’atteler à une occupation compatible avec la pénitence. Mais quelle occupation ?  – La prière, la lecture, la méditation.

Cette prière est en dehors de celle de l’église. Celle-là s’entend déjà d’elle même. Vous savez, bien sûr, comment il faut prier à l’église. Mais, malgré tout, prêtez attention à ceci ! Il faut aller à l’église avec bonheur, comme à la maison de Dieu, qui nous est chère, sans grimaces ni ennui. Aller à l’église non pour s’y tenir uniquement le temps d’un service, mais pour y prier de toute son âme, d’un cœur chaud, déversant devant le Seigneur des sentiments de contrition, d’humilité et de crainte pieuse, et élevant vers Lui de ferventes supplications pour nos besoins spirituels profonds. Comment y parvenir : il faut y réfléchir d’avance et, arrivé à l’église, s’y astreindre. Considérer comme non vaine seulement la station à l’église qui aura fait le cœur chaud et appelant. C’est l’essentiel. Il faut aussi écouter le service, et conduire ses pensées et sentiments en conséquence. La diversité, orientée vers une seule direction et ne distrayant pas, il sera agréable de garder l’écoute dans une concentration nourricière et créatrice. Il faut se plonger dans ce qui se chante  et se lit, surtout les ecténies, car elles sont en raccourci l’énumération de l’essence de tous nos besoins, pour lesquels il faut adresser sans honte nos demandes à Dieu.

Mais habituellement, les pensées errent. Cela provient du défaut de sentiment de prière. Dans ce cas, faites donc ainsi : dès que vous remarquez que vos pensées ont quitté l’église, ramenez-les aussitôt et ne vous permettez jamais de rêver consciemment ou de vous évader par les pensées, ni maintenant, en ce temps de pénitence, ni en tout autre temps. Lorsque les pensées s’en vont sans que nous le remarquions, le péché n’est pas encore grand; mais lorsque vous commencerez sciemment à vous promener ça et là  par la pensée, étant à l’église, cela est déjà péché :  le Seigneur se tient avec ceux qui sont dans l’église. Celui qui ne pense pas à Lui dans ce lieu, mais rêve, ressemble à quelqu’un qui arriverait devant le roi avec une supplique et se mettrait à minauder et tournicoter en sa présence, sans faire attention à lui. Ne pas vous évader du tout par les pensées, même par un grand effort, peut ne pas réussir; mais s’interdire de rêver intentionnellement est possible et indispensable. Sur l’errance des pensées, il y a donc deux règles : 1) dès que vous la remarquerez, ramenez-les en arrière. 2) ne leur permettez pas de s’ébranler consciemment.

Le moyen d’empêcher l’errance des pensées : attention de l’esprit, attention au fait que le Seigneur est devant nous et nous, devant Lui. Il faut placer l’esprit entier dans cette pensée et ne pas lui permettre de s’en éloigner. L’attention vers le Seigneur s’affermit par la crainte de Dieu et la piété. Par elles arrive la chaleur du cœur, qui tend l’attention vers l’Unique Seigneur. Efforcez-vous d’émouvoir le cœur, et vous verrez vous-même comment il rivera la pensée. Il faut se forcer. Sans effort et concentration de l’esprit, vous n’atteindrez à rien de spirituel. Le réchauffement du cœur est grandement aidé par les prosternations. Faites-en souvent, à mi-corps et au sol.

Que le Seigneur vous accorde de ressentir la douceur de la présence à l’église, afin que vous vous hâtiez d’y aller, comme on se hâte d’entrer dans une pièce chaude, arrivant du froid.

Dans la pénitence, le facteur principal du but pour lequel on fait pénitence est la présence suffisante et indispensable à l’église. les autres actions en sont les aides et les soutiens. De cela, on parlera une autre fois.
 
 

– LETTRE 33 –

Je continue sur la pénitence. Celui qui fait pénitence ne connait que l’église et la maison. Nous voilà à la maison. Et alors ? Eh bien, là aussi, il faut, selon ses forces, garder son esprit et son cœur tournés pieusement vers le Seigneur. Au retour de l’église, empressez-vous d’aller dans votre chambre, saluez-la par quelques prosternations, demandant avec piété au Seigneur de passer ce temps qui suit, d’isolement à la maison, d’une façon utile à l’âme. Puis il faut se reposer un peu, en restant quelque temps assis. Et, malgré tout, ne pas laisser vagabonder les pensées. Dîtes seulement en vous-mêmes, ne pensant à rien: Seigneur, aie pitié ! Seigneur aie pitié !  Vous étant reposée, il faut trouver une occupation : ou prier, ou faire un travail manuel. Mais ne s’y mettre que lorsque l’âme est lasse, et devient incapable et de lire, et de méditer, et de prier Dieu. Si ces exercices spirituels se passent bien, on peut alors ne pas toucher au travail manuel. Il est conseillé uniquement pour remplir le temps, qui, sinon, resterait vacant, ce qui est habituellement très préjudiciable, et d’autant plus pendant la pénitence.
Comment prier à la maison ? Vous avez bien parlé, lorsque vous avez dit qu’il fallait prolonger un peu la règle habituelle de prière. Il le faut, il le faut. Mais il serait encore mieux, non pas d’ajouter des prières lues, mais de prier plus longtemps sans le livre de prières, avec ses propres mots, déversant devant le Seigneur vos plus criants besoins spirituels. Lisez matin et soir, pas plus que les jours ordinaires, mais avant de commencer vos prières et après les avoir terminées, priez par vous-même, par votre propre prière, et dans les intervalles, ajoutez la vôtre, prosternez-vous, à mi-corps et au sol, et agenouillez-vous. Importunez le Seigneur, la Mère de Dieu, et votre Ange Gardien, leur parlant et demandant tout ce que vous ressentez  comme étant pour vous d’une extrême nécessité. Priez, afin qu’ils se fassent connaître à vous, et qu’ensuite ils mettent en vous le désir et vous donnent la force de corriger tout ce qui est mauvais, et surtout qu’ils emplissent votre coeur de l’esprit de contrition et d’humilité, par lesquels le sacrifice à Dieu est le meilleur. Mais ne vous attachez pas à une règle trop longue et trop longtemps. IL est préférable de se lever plus souvent pour prier, faire fréquemment des prosternations au cours de la journée, afin que le jour entier soit secoué par elles. Et par l’esprit, soit que vous priiez, soit que vous fassiez quelque autre chose, ne vous éloignez pas du tout du Seigneur.
Après la prière – lecture et réflexion – Il faut lire, non pas pour encombrer sa mémoire de toutes sortes d’informations et d’idées, mais pour être édifié et comprendre comment accomplir au mieux ce qui nous est nécessaire en ces jours de pénitence. Pour cela, il faut lire peu, mais amener jusqu’au sentiment, toute situation lue, par une attention très soutenue.
Que lire ? Bien sûr, uniquement des livres spirituels. Parmi eux, je ne puis mieux vous conseiller que les écrits de Saint Tikhon. Il y a ce livre : « Relève-toi, qui est tombé »(   ) – choix de thèmes de Saint Tikhon, qui prédisposent à la pénitence. Il y a aussi un livre sur la pénitence, la communion, des homélies sur le Grand Carême et la semaine qui y prépare. J’ai entendu dire qu’il est très utile pour ce temps : il n’y est parlé que de pénitence et de communion. je ne trouve pas pour vous de meilleure lecture. Ces livres vous sont donnés. Prenez-les et lisez-les.
Une lecture lente et réfléchie de livres appropriés fera s’émouvoir l’âme plus que tout. Insistez donc là-dessus. Le matin après la prière, (les matines s’écoutent dès le soir), consacrez-lui tout, jusqu’aux heures. Elle préparera aussi à la prière d’église, et après les heures, on peut continuer aussi, s’il reste suffisamment de zèle et d’attention. Si un mouvement vers la prière apparaît au moment de la lecture, levez-vous et priez. Faut-il lire avec quelqu’un ou isolément ? Il est préférable que ce soit isolément. Parce qu’il est plus facile alors de s’occuper de soi et de rapporter à soi ce qui est lu. Il faut inclure à la lecture, la réflexion, sinon ce qui est lu s’envolera en rêverie et ne sera pas retenu.
Donc, vous avez lu, vous avez médité, vous avez fait des prosternations, et voilà tous les exercices corrects pour celui qui fait pénitence à la maison. Mais rester constamment attentif avec une telle tension ne réussit pas toujours. Lorsque vous serez fatigué, vous pouvez vous asseoir et travailler un peu, ainsi que je l’ai déjà rappelé.
Vous avez aissi bien parlé, en disant qu’il fallait pratiquer le jeûne. Il le faut, il le faut. Mais pas trop. Vous mangez déjà bien peu. Il faut tout de même garder la force de se tenir à l’église et faire les prosternations à la maison. faîtes-le de la façon que vous trouverez la plus commode, et qui vous convienne le mieux. Il faut seulement faire savoir à son corps, qu’il est lui aussi fautif, en ce en quoi il faut se repentir, et qu’il doit participer aux efforts de la pénitence. Supprimez aussi un peu de sommeil, en longueur et en profondeur. Je crois que ce chapitre exigera de vous un sacrifice. Prenez la peine de l’offrir, comme vous le pourrez. Toutes les sortes de privations ont leur place en ces jours.
Et parler ? On peut aussi parler, mais pas de futilités, toujours de tout cela. Au lieu d’une conversation, proposez un moment de lecture en commun, et lisez ensemble. Ce serait très bien de le faire le soir. IL n’y a rien de mieux que si quelqu’un parmi vous disait des histoires édifiantes, dans lesquelles apparaîtraient la force du repentir et de la confession. Et pour la lecture en commun, il faudrait choisir ces récits dans les « Lectures de Migne » (A corriger).
C’est assez pour cette fois. J’ajouterai plus tard ce qui est encore nécessaire.– LETTRE 34 –

Continuons notre entretien sur la pénitence. Tout ce qui a été dit est un cadre dans lequel on insère la pénitence, ou la règle extérieure et la discipline, auxquelles se tiennent habituellement les bons pénitents. Efforcez-vous, vous aussi, de vous y tenir, si vous voulez être une bonne pénitente. Surtout, ne prenez pas un air morose, n’assombrissez pas votre visage. Faîtes tout cela de bon gré, dans une disposition d’esprit vaillante et joyeuse. Passez ce temps, comme le passeraient ceux qui ont la perspective d’un banquet chez le roi. Ceux-là n’ont de pensée et de conversation que sur cet évènement; comment cera ce banquet, comment approcher le roi, que dire, quel accueil fera-t-il, comment se parer au mieux et ne pas choir dans la honte etc. Mais à vous incombe quelque chose d’incomparablement meilleur et plus grand, un banquet non pas chez un roi terrestre; mais chez le Roi du Ciel. Et si vous faîtes l’effort de vous embellir, de vous préparer de sorte à plaire au Roi, vous serez alors accueillie par Lui avec tendresse, vous recevrez quelque chose qui n’a pas de prix, et une joie indicible. Vous avez dit que vous alliez faire pénitence, alors faîtes ainsi ! Que le Seigneur vous bénisse ! Et veuillez imaginer comment vous allez vous parer; Tous les vieux vêtements dehors ! Il en faut de neufs. Si dans les vieux s’en trouvent d’utilisables, il faut les laver, les repasser et leur donner l’apparence du neuf. Je veux dire par là, qu’il vous faut bien vous examiner. Ce qui est mauvais, le rejeter, ce qui est bon : le retenir, redresser et parfaire.
Entrons donc à l’intérieur de nous-mêmes et commençons à trier ce que nous y trouvons.
Que quelqu’un d’autre se mêle à cela est inopportun et tout à fait impossible. Entrer en vous, et démêler les actions de votre conscience, personne d’autre que vous-même ne le peut. Et veuillez le faire vous-même. Je vais seulement vous donner pour cela quelques indications. Et dans les livres que je vous ai nommés pour la lecture, il y a beaucoup de conseils guidés. Mais je vais en dire encore quelque chose.
Pour bien s’examiner, il faut prêter attention à trois côtés de notre vie active : – aux « actes » : actes isolés accomplis dans un temps donné, en un lieu donné, et dans telles circonstances. – aux « dispositions du coeur », et aux tendances caractéristiques, cachées sous les actes, et – à « l’esprit de la vie en général ».
Toute notre vie est faite d’une succession ininterrompue d’actes – pensées, paroles, actions – qui se relaient, et se bousculent. Les passer tous en revue, chacun en particulier, et leur allouer une note de valeur morale, est tout à fait impossible. Même si vous vous avisiez de démêler et jauger vos actes au cours d’une seule journée, vous ne pourriez le faire non plus. L’homme est un être en perpétuel mouvement. Combien de fois, du matin au soir, il aura changé d’idée, et refait les choses ! Et que ne fera-t-il entre deux confessions ! Alors, comment s’y prendre, dans une telle situation ? Il n’y a aucune nécessité à tout examiner et juger en particulier. Nous avons en nous, un gardien fidèle – la conscience. Elle ne laissera jamais passerune action mauvaise; et vous aurez beau lui expliquer , que ce n’est rien, que cela ira, elle ne cessera d’affirmer ce qu’elle a à dire : ce qui est mauvais, est mauvais. Et voilà pour vous la « première affaire » : soyez attentive à votre conscience, et toutes ces actions qu’elles fustige, reconnaissez-les, sans aucune excuse, comme étant « péché », et préparez-vous à les confesser.
On pourrait appeler cela, 1ère et dernière démarche, c’est-à-dire : reconnaître que vous êtes sans appel coupable, en ce dont vous accuse la conscience, et qu’à l’avenir vous l’éviterez, et ce serait suffisant, si nous pouvions être sûrs que la conscience elle-même, est toujours exacte. Car il peut se faire, qu’elle n’aura pas remarqué quelque chose, parce qu’elle était troublée, ou qu’elle aura oublié, un fait trop lointain, ou même qu’elle ne jugera pas comme péché une action, par ignorance ou connaissance insuffisante de ce qui est pour nous obligatoire. C’est qu’il va falloir, pour aider la conscience, se tourner vers les commandements de Dieu, qui figurent dans la Parole de Dieu, et, les examinant, chercher si nous n’avons pas agi à l’encontre de l’un ou de l’autre de ces commandements. Là, beaucoup de choses oubliées reviendront à la mémoire, prendrons une autre apparence que celle qui était dans notre pensée.
La pensée de Dieu est semblable à un miroir. Ainsi, nous regardant dans une glace, nous voyons une tache, ou une poussière sur notre visage, ou sur notre vêtement, et l’âme, lisant la Parole de Dieu et étudiant les commandements énumérés, ne peut pas ne pas voir, si elle est ou non fautive. La conscience, éclairée ainsi par la Parole de Dieu, le lui dira aussitôt sans hypocrisie. Et voilà donc la « seconde affaire ».
prenez un à un les commandements, et voyez, les avez-vous accomplis, ou non ? Par exemple : le commandement nous dit de faire la charité, chaque fois, à qui la demande. Et voyez, l’avez-vous toujours fait, ou non. L’avez-vous parfois refusée, non pas pour une raison honorable, mais parce que vous avez méprisé le pauvre. Si cela est, alors, remarquez-le, c’est « péché ». le commandement dit : il faut tout pardonner, à chacun, même ce qui est désagréable et offensant. Et voyez, avez-vous toujours été conciliante, n’y eut-il pas des querelles, des mots violents et même des brouilles. Si vous vous souvenez qu’il y en eut, remarquez-le, c’est encore « péché », bien que la conscience en général ne fasse pas cas de telles choses. Et encore : il faut mettre toute son espérance en Dieu. En est-l toujours ainsi pour vous ? Dans le courant habituel des occupations, on n’y fait pas attention, mais lorsqu’en arrive la nécessité, cela ressort immédiatement, à l’extérieur, on voit aussitôt, sur quoi s’appuie l’âme, sur Dieu, ou sur autre chose, oubliant Dieu. Il est indubitable que nous devons employer aussi nous-mêmes tous les moyens possibles, pour nous sortir de situations difficiles, car elles aussi sont de Dieu, mais il ne faut espérer le succès final que de Dieu, c’est pourquoi il faut s’adresser à Lui par la prière, pour demander Son aide, et lorsque le succès sera là, Le remercier, comme étant le seul libérateur, ne faisant pas mémoire des moyens propres employés, regardez donc : est-ce ainsi que vous agissez ? Si non, remarquez-le, c’est encore « péché ». Faîtes cela avec chaque commandement et remarquez : quel commandement vous avez transgressé, et par quel péché. De cette façon, vous démêlerez mieux vos actions.
Mais comment s’y prendre pour plus de commodité ? Avez-vous étudié le catéchisme ? Chaque commandement y est expliqué, et il y est montré quelles bonnes actions, pour quel commandement, nous sont imposées et quels péchés interdits. Prenez-le, et avec Son aide, passez en revue vos actes. Je me souviens qu’il y a chez vous un livre, disant comment on doit confesser et se confesser, de Saint Platon de Kostroma. Là sont énumérés, d’une façon très détaillée, les questions à poser à celui qui vient se confesser. Avec Sonaide, il vous sera peut-être encore plus facile de vous examiner.
Je suppose, que c’est la première fois que vous voulez vous occuper de vous, comme il se doit, et déterminer qui vous êtes, et ce qu’il y a en vous. Efforcez-vous donc de bien vous étudier, selon cette instruction. Plus tard, les autres fois, cela sera pour vous moins compliqué. Mais maintenant, faîtes-en l’effort.
Ce qui reste encore à faire après tout cela, je l’écrirai la prochaine fois.– LETTRE 35 –

Je continue – Second côté de la vie – disposition, ou humeur et tendance du cœur. Les actes n’apparaissent pas encore en pleine connaissance – Il faut entrer plus profondément en soi et examiner, comment est le coeur, – et porter l’attention davantage à cela qu’aux actes. Il peu se faire par exemple, que quelqu’un paraisse peu généreux,  ( il n’aidera pas l’autre ), incidemment, bien qu’il ait un bon coeur – Là peut se trouver aussi quelqu’un d’autre, qui ne donnera pas non plus, non pas par quelque circonstance, mais parce qu’il souffre d’avarice – En apparence, les deux actes sont semblables, mais par la prédisposition intérieure des acteurs, il y a entre eux une grande différence. Les actes sont, à cette heure et en ce lieu, identiques ; les prédispositions indiquent l’état d’esprit constant du coeur, par lequel se déterminent le caractère et le tempéramment de l’homme, et d’où proviennent ses désirs principaux, et la direction de ses actes – Les bons, parmi eux, s’appellent vertus, et les mauvais – vices, par tendances et passions pécheresses.
Les dispositions du coeur que doit avoir le chrétion, sont indiquées par le Christ Sauveur dans les Béatitudes, c’est-à-dire : humilité, contrition, douceur, amour de la vérité et de l’authenticité, miséricorde, pureté du coeur, amour de la paix, et patience – Le Saint Apôtre Paul nous montre les bonnes dispositions suivantes des coeurs chrétiens – comme fruits de l’Esprit Saint / amour, joie, paix, patience, bonté, miséricorde, foi, douceur, abstinence (Gal. 5, 22, 23) – Ailleurs :  » Revêtez-vous , comme élus de Dieu, saints et bien-aimés, d’entrailles de miséricorde, de bonté, d’humilité, de douceur, de patience, vous supportant les uns les autres et vous pardonnant réciproquement, si l’un a sujet de se plaindre de l’autre – Comme le Seigneur vous a pardonné, pardonnez vous-aussi – Mais surtout revêtez-vous de la charité, qui est le lien de la perfection – Et que la paix du Christ, à laquelle vous avez été appelés de manière à former un seul corps, règne dans vos coeurs ; soyez reconnaissants. (Col. 3, 12.15 )  » Les prédispositions contraires à celles-ci, sont les vices ou passions – sources de tous les actes mauvais, qui nous détruisent. Les principaux en sont : orgueil, vanité, cupidité, intempérance, colère, haine, envie, paresse, passion de la satisfaction des sens, tristesse, désespoir – L’Apôtre a décrété, que non seulement les chrétiens ne doivent pas les avoir, mais qu’ils ne doivent même pas en faire mention entre eux :  » qu’on ne l’entende même pas dire parmi vous  » (Eph. 5, 3)
Voyez, quelle sévérité ! Veuillez donc bien regarder, s’il n’y a pas quelques tendances mauvaises et des passions – Chacun en a un peu de chaque, mais elles ne sont ni profondes, ni constantes. Il y a en chacun, une passion principale, auprès de laquelle papillonnent déjà toutes les autres – Avant tout, préoccupez-vous donc de la trouver – Bien qu’elle ne soit pas encore tout à fait évidente, du fait de votre jeune âge, mais toutes ses traces doivent être palpables, si vous allez au fond – L’ayant découverte, classez les autres, laquelle lui est la plus proche et laquelle la plus éloignée – Alors vous comprendrez la structure de votre coeur – Acquisition de prix ! Parce que, lorsque à la suite de cela vous entreprendrez de vous nettoyer des passions et des maivaises inclinations, vous verrez dans quelle direction porter vos efforts et les coups, c’est-à-dire – vers votre passion principale – Lorsque vous l’aurez vaincue, toutes les autres se disperseront d’elles-mêmes ; comme à la guerre – Ayant battu le gros des forces de l’ennemi, il n’y a plus qu’à poursuivre et abattre le reste sans effort – l’affaire est facile à corriger – ne fais pas – et tout est là – Mais dompter le coeur et le corriger, n’est pas possible dans l’instant. Il y aura lutte – Et dans cette lutte, ne sachant où porter les coups, on peut s’épuiser, se débattant sans profit – et ne pas réussir – Mais faîtes-en l’effort !
Le 3e côté de la vie est son état d’esprit  – C’est le principal, et en même temps, c’est l’affaire la plus difficile – L’esprit malin peut être tellement rusé et il sait tellement bien se cacher derrière le masque de la bonté et de l’opportunité, qu’il faut avoir le regard spirituel le plus aïgu, pour le remarquer – Par contre, le bon esprit est visible, car il est tout seul, et unique, c’est-à-dire – vivre pour Dieu, mettant le reste de côté. Le contraire de cet esprit est – de vivre pour soi ( égoïsme ) – Cet esprit, très souvent, si ce n’est toujours, prend une dorection accessoire – vivre pour le monde –
Donc, si nous supposons, que vivre pour quiconque, qualifie l’esprit de la vie, il ne vous sera pas difficile de situer celui de la vôtre, ayant déterminé pour qui vous vivez, ou comment débute seulement encore votre vis, pour qui vous désirez vivre le plus fort, vers quoi s’élance votre coeur, à qui vous êtes disposé à consacrer votre vie  – Selon votre inclination la plus forte, vous en déterminerez ainsi l’esprit, quoique actuellement il ne soit encore qu’en gestation ou n’est qu’un faible oisillon – L’esprit de celui qui vit pour Dieu, est empli de la crainte de Dieu, s’efforçant de Lui plaire, à Lui uniquement – Celui qui ne vit que pour lui-même, a un esprit qui se complait en lui-même, égoïste, stupide ou charnel – Celui qui vit pour le monde, a un esprit mondain ou vain – par ces traits, voyez quel esprit respire en vous.
Si l’on juge par élan qui vous fait désirer de vous rapprocher de Dieu, il faut supposer que votre esprit principal – est bon véridique, tel qu’il doit être – Si, à nouveau, on en juge par votre accueil inamical des règles de mondanités de la vie dans lesquelles est l’esprit du monde, il faut en déduire que cet esprit n’a en vous ni place, ni force, bien qu’il puisse se saisir de vous, si vous n’y prenez garde – Reste dans le doute, l’esprit d’égoïsme – Il me semble qu’il y est ; mais par la façon dont vous vous êtes élancé dans le désir de vous rapprocher de Dieu, et puisque votre âme n’est pas attirée par le monde, alors votre esprit égoïste s’évanouira rapidement, si vous donnez à votrecoeur l’espace nécessaire pour s’enflammer de plus en plus du désir de Dieu – Veuillez prendre ceci en considération –
Maintenant, vous voyez ce que vous avez à faire et – faîtes-le – Au premier coup d’oeil, cela apparaît comme une affaire énorme, mais en réalité, c’est simple et facile. Ayant prié Dieu, commencez, et vous pourrez tout déterminer en une soirée. Il n’y a pas à traverser la mer, mais à débrouiller ce qui est à l’intérieur de vous-même. Toutefois, ne le remettez pas au soir qui précède celui de la confession. Non, mettez-vous y dès maintenant, au tout début de la pénitence. Peu à peu, vous reconnaîtrez tout plus à fond, et avec plus de précision. Cela peut être difficile, mais cette fois seulement. Et si par la suite vous vous mettez à vivre selon la tendance de votre bon esprit, la vie elle-même vous amènera à une connaissance de vous encore plus approfondie.
Supposons que vous vous soyiez bien examinée et que vous ayiez trouvé de tous les côtés beaucoup de défauts – Que faire ensuite ? Comment utiliser cette connaissance ? Cela je vous l’écrirai la prochaine fois.

-LETTRE 36-

Donc, quel usage faire de ce que vous aurez réussi à connaître sur vous même ? Avant tout, il vous faut juger tous vos défauts, sans aucune réticence ni excuse. Lorsque, à la Liturgie pré-sanctifiée, après – « Que ma prière s’élève » – ou chaule : « n’incline pas mon coeur aux paroles de ruse, supposant défauts de péchés », il est suggéré aux fidèles de prier, afin que Dieu ne leur permette pas d’essayer d’inventer par ruse des excuses aux péchés. N’attends aucun repentir de celui qui invente de telles excuses; et celui qui ne se repent pas. n’entreprendra pas de se corriger, toute l’affaire serait donc, de se juger sans pitié, d’arriver à ce que le cœur entende sincèrement : « je suis totalement fautive ».

Lorsque sera entendu dans le cœur le mot « fautive », il faut ajouter la crainte de la condamnation divine. Si votre conscience vous condamne, Dieu ne vous innocentera pas. Et Dieu vous voit fautive. Et s’il voit cela, II le condamne également. Et s’il condamne. Il y ajoutera jugement et décision du châtiment correspondant. Ce jour, ou demain, ce châtiment tombera sur vous et déjà, il est suspendu au-dessus de vous, lorsque vous avez, été condamnée par Dieu. Et que faire ? Il aurait été impossible de savoir que faire, s’il n’y avait la miséricorde divine. Le Dieu de bonté nous donne l’espérance du pardon de la faute, si nous nous repentons dans la contrition et prenons la ferme résolution d’éviter les péchés anciens et de L’irriter par eux. C’est l’essence du repentir.

Donc, ne soyez pas seulement un froid connaisseur de vos défauts, mais avez la contrition et le regret sincère de les avoir admis La contrition fera naître la décision pleine d’humilité d’éviter les imperfections, mais la seule reconnaissance, même si elle est accompagnée du désir d’y prendre garde, amènera à l’orgueil, que Dieu vous en préserve !

Ayant résolu d’éviter les fautes, il faut à présent réfléchir et décider comment y parvenir, pour commencer dès cette minute même un perfectionnement réel. Par exemple, si vous vous tâchez, contre quelque chose, décidez de ne plus vous fâcher, et voyez la façon la plus commode de vous mettre en bonne condition, pour ne pas vous irriter. Et ainsi, par rapport à toutes autres choses. Mais maintenant il faut prévoir comment agir en telle ou telle circonstance, pour ne pas retomber dans l’erreur. Afin de vous le faciliter, inscrivez, vos défauts dès que vous les reconnaîtrez, et notez aussitôt comment vous vous disposez à vous corriger. Ce sera là votre première confession générale et tout à l’ail juste. Par la grâce du Seigneur, laites cet effort. Vous verrez alors le pouvoir que vous aurez sur vous-même, et avec quelle force vous vous maîtriserez, reconnaissant la justesse de cette façon d’agir et non tout autre.

A la contrition des péchés, et au désir de ne pas recommencer, il faut ajouter une prière instante au Seigneur, afin qu’il accorde. Son aide à cette lutte contre le péché, et être persuadé qu’il n’abandonnera pas une telle aide. Au plus profond du coeur des chrétiens doit demeurer cette conviction, que, de même que le Seigneur Miséricordieux leur pardonnera, aunom de Sa mort sur la croix, les péchés dont ils se seront repentis et qu’ils auront confessés, Il offrira Sa grâce Divine, par la même puissance de la mort sur la croix, pour les éviter. Cette grâce descend sur la résolution ferme de ne pas recommencer, et sur la loi inébranlable et claire en Christ Sauveur.

Lorsque vous aurez accompli cela, voilà que vous serez prête pour la confession. Lors-qu’après la confession vous aurez été déliée de vos péchés, vous serez prête aussi pour la Sainte Communion. Pour votre repentir sincère et votre décision ferme d’être fidèle, le Seigneur viendra dans Ses Saints Mystères et prendra demeure en vous, et sera en vous et vous serez en Lui. Ô, comme est immense et indicible la Bonté de Dieu Tout Miséricordieux !

L’idée me vient de vous suggérer ceci ! – Trouvez les Lectures des Ménées (2de mars, et lisez le récit de la Bienheureuse Théodora, sur la façon dont elle passa les péages. Il se trouve dans la vie de Basile le Nouveau, à la date du 26 mars; la vie elle-même de l’Ancien est importante. Commencez directement par le récit de Théodora, vous en trouverez le début clans les remarques en marge.

En bref, la vie de l’Ancien fut la suivante : Basile le Nouveau vécut d’abord dans le désert, non loin de Constantinople; puis, pris pour un espion, il eut à subir de nombreuses tortures, pour être enfin jeté à la mer. Dieu le sauva miraculeusement de la noyade, et il arriva secrètement dans la ville, où quelqu’un de charitable le recueillit. L’Ancien recommença comme dans le désert, ses exploits d’ascète, très aidé en cela par Théodora. Cette Ancienne mourut avant l’Ancien. Basile avait aussi un disciple Grégoire, un laïc craignant Dieu. Il voulut savoir ce qu’avait reçu Théodora pour son service plein de zèle envers Saint Basile. Il le demanda à l’Ancien. Celui-ci pria et Grégoire vit en rêve Théodora , au paradis, à l’endroit qui était préparé pour Basile – clair, très clair. Alors Grégoire lui demanda comment elle s’était séparée de son corps et comment elle parvint en ce lieu béni ? A cela, la Bienheureuse Théodore répondit par le récit de sa mort et le passage des péages. C’est ce récit-là que je vous conseille de lire très attentivement. Il est très instructif, et il guidera aussi vers une meilleure connaissance de soi et fera mieux pénétrer la conviction en la force du repentir par les larmes, et la confession.

En attendant que vous trouviez le livre, je vais vous en dire quelque peu : Sainte Théodora passa vingt péages. Au premier : sont soumis à la question, les péchés par parole et discours des hommes vains, coléreux, mauvais -indisciplinés – blasphémateurs, auteurs de dérisions, les chants impudiques, exclamations éboulées, moqueries et mes fous. 2ème : péage du mensonge, où sont soumis à torture les mensonges, toute parole fausse, et surtout le non-respect de la parole donnée, utilisation l’utile du Nom de Dieu, faux témoignages, non respect des promesses faites à Dieu, confession fausse des péchés, et autres tromperies similaires. 3ème péage : juger et calomnier, déshonorer ses proches, moqueries envers leurs défauts et péchés. 4ème péage : gloutonnerie, luxure, insatiabilité, toutes orgies, ivrognerie, inobservance des carêmes. 5ème péage . paresse: là sont soumis à question tous les jours et heures passés dans l’inaction – les fainéants – ceux qui louent leurs services et ne l’ont pas le travail correspondant au salaire demandé, ceux qui négligent le service de l’Église les dimanches et jours de fêtes, ceux qui s’ennuient aux matines et à la Liturgie, ceux qui ne se préoccupent pas des choses ulules au salut de l’âme. 6ème péage : toutes les catégories de vols. 7ème: amour de l’argent et avance. 8ème : les profits et tous enrichissements malhonnête. 9ème : les falsifications sont tortures les juges injustes, qui agissent par vengeance, pardonnant aux coupables et condamnant les innocents, retenant sa gratification à celui qui a travaillé, ceux qui pèsent et mesurent ventes et achats avec des instruments falsifiés. 10ème : jalousie, haine fraternelles et inimitiés 11ème : orgueil, vanité, suffisance, dédain, glorification, irrespect envers les parents, désobéissance aux autorités. I2ème : colères et fureurs. 13ème : rancune, coeur plein de colère envers son prochain, vengeance, rendre le mal pour le mal. I4ème : meurtres, où sont mis à la torture non seulement les actes de banditisme, mais toute plaie, coup porté avec cœur sur la tête, ou les épaules, les gifles, les bousculades par colère. 15ème : sorcellerie, charmes, empoisonnements, chuchotements et appel aux démons. 16ème, I 7ème, 18ème : péchés charnels. I9ème : hérésies, fausses instructions sur la loi, apostasie de l’orthodoxie, blasphèmes contre Dieu et tout ce qui est saint. 20ème : absence de charité, dureté du cœur et fermeture aux besoins des malheureux.

Ce qu’a rencontre la Bienheureuse Théodora, toute âme le rencontre. L’Apôtre avait nommé les démons « puissances de l’air » – Ces mauvais et insistants, laisseront-ils passer une âme, lors qu’arrivera pour elle le moment d’approcher de l’Autel de Dieu, sans avoir essayé aussi, sinon de l’attraper, tout au moins de la troubler par leurs terreurs – Comment faire ? Pour notre plus grande consolation, les pleurs du repentir, unis aux actes ascétiques, surtout à la charité, effacent tous les péchés. Que de fois la Bienheureuse Théodore n’a-t-elle vu comment les démons, ayant apporté les rouleaux où étaient inscrits ses péchés, les ayant déroulés pour l’accuser, n’y trouvaient rien. Les Anges, qui l’accompagnaient, lorsqu’elle leur en demanda la raison, lui expliquèrent, que celui qui se repent sincèrement de ses péchés, qui jeûne, prie et pratique la chanté voit ses péchés effacés.

Veuillez ne pas philosopher inutilement, mais prenez à coeur ce récit, et agissez selon ses indications contre toutes vos imperfections.

– LETTRE 37 –

Je n’entends pas : avez-vous commencé la pénitence et faites-vous pénitence ?

Bon, mais lorsque vous commencerez, tout ce qui vous a été écrit concernant la pénitence, vous sera utile. Quant à moi, en attendant, je vais ajouter quelques mots, pour éclairer plusieurs points. Un tel sujet ne peut être reflété en quelques lignes.

Donc, mettons que vous vous soyez préparée à entrer dans ce cadre du repentir, ou sa discipline extérieure; vous commencerez aussi à vous étudier sévèrement selon les indications données, afin qu’ayant examiné tous les défauts, vous vous décidiez de rester pour la suite, en bon état.

Cette expression : être en bon état, doit être bien déterminée car là est la nature de l’action – Ne la connaissant pas, on peut se tromper lourdement, tout en croyant bien faire.

Décider d’être en bon état – Mais en quoi sommes-nous mauvais actuellement ? En quoi notre conduite est-elle incorrecte ? Je pense que vous-aussi avez expérimenté cette situation : ne savoir que dire à la confession ? On ne voit pas en quoi on pèche. Pourquoi pourriez-vous penser cela ? Parce-que vous n’êtes pas éclairée sur ce que doit être notre vie, et sur ce fait : toutes nos actions et nos pensées se dirigent-elles bien vers ce chemin ? Si ce n’est pas éclairci, alors, regardant sa vie en général, et voyant qu’elle ne présente, comme chez chacun, rien de particulièrement choquant au regard, nous restons tranquilles intérieurement, nous disant ou sentant seulement dans le secret : niais que désirer de plus ?

Pour que ceci ne transparaisse pas aussi chez vous, et pour son rejet a été écrit tout ce qui précède. Et si vous suivez les conseils donnés, votre langue ne pourra plus se tourner pour dire : et que désirer de plus ? Je vais retenir votre attention un moment encore là-dessus.

Comme cela a été rappelé plusieurs fois, voilà de quoi il s’agit ! Toute votre vie, dans tous ses détails et facettes, doit être vouée à Dieu. La loi générale est la suivante : quoi que lu lasses, fais-le conformément à la volonté de Dieu et pour Lui être agréable, pour la gloire de Son Très Saint Nom (3). Et c’est ainsi qu’il faut examiner toute affaire qui se présente. S’étant assuré qu’elle est exactement conforme à la volonté de Dieu, l’accomplir de la façon qui agrée à Dieu, afin qu’elle soit réalisable.

Celui qui se conduit toujours avec une telle attention et dans une certitude aussi claire d’être agréable à Dieu dans tous ses actes, ne peut pas ne pas reconnaître que sa vie va bien, certainement son ouvrage n’est ni brillant ni parfait; mais il n’y est consciemment rien admis qui puisse offenser Dieu ou ne pas lui convenir. Cette certitude emplit sou coeur d’une paix douce, par la tranquillité de la conscience, et par cette joie spirituelle, née du sentiment, qu’il n’est pas un étranger pour Dieu, bien que petit, inconnu et non remarqué, il est Son serviteur, attentif à lui plaire de toutes les façons, qui y oriente tous ses efforts et qui a foi que Dieu Lui-même le voit tel.

Il faudrait que notre vie morale à tous soit ainsi. Mais dans les laits, par ailleurs, comment cela se présente-t-il le plus souvent ? Nous vivons, comme va la vie. Cette direction consciente et volontaire de tous nos actes grands ou petits – vers l’agrément de Dieu n’existe ni en pensée, m en intention. Nos actes, chez nous se déroulent comme cela vient. Ce qui est fait l’est, la plupart du temps, selon un ordre établi, parce que tout le inonde fait ainsi, sans certitude de son utilité pour le but principal de la vie

Il y a peu, je vous rappelais les différents aspects de l’esprit de la vie soit, crainte de Dieu, soit égoïsme, soit amour du monde – Et j’ai omis d’y ajouter un quatrième aspect : « ni ceci, ni cela » – bien que j’aie dû le signaler en passant (4). – N’est-ce pas par cet esprit là que respirent la plupart des gens ? Ils n’ont rien semble-t-il, contre Dieu, mais n’ont pas non plus pour but déterminé de Lui plaire. Les circonstances ont voulu, par exemple, qu’il faille aller à l’Église, on y est allé – sinon cela n’aurait causé aucune peine. Et à la maison, lorsqu’ils prient – une prosternation l’autre, et point final. Et ils sont satisfaits lit ainsi de tout ce qui est de Dieu. Ce n’est pas qu’ils soient des égoïstes remarquables, mais pour la défense de leurs intérêts, pour se libérer de quelconques sacrifices, ils trouveront toujours une raison de décliner. Ils ne sont pas yens du monde – vraiment, mais n’ont rien contre le fait de se divertir dans le monde des affaires du monde. Il y a énormément de gens de cette catégorie. Plante à Dieu, et le salut leur indiffère, ils ne sont ni tièdes, ni froids. Dieu se détourne d’eux et les rejette.

Et vous, n’apparteniez-vous pas à cette allégorie jusqu’à présent ? – pas tout à-fait je pense. Cependant la plus grande partie de ce que vous faisiez venait de ce que, dans votre cercle, tout le monde le faisait. Mais laissons ce que vous étiez. Je vous certifie, que si vous exécutez, en conscience tout ce qui vous est prescrit, déjà, même dans les plus petites choses, vous ne ressemblerez plus à ceux-là, et, vous commencerez, par choix, à agir bien et très bien. Ce ne sera pas une quelconque particularité; mais les mêmes affaires prendront un autre coloris, une autre stature, une honorabilité et une respectabilité différentes – Bénis, Seignieur ! Je vous le souhaite de toute mon âme. Ayant décidé de tout conduire selon la volonté de Dieu et l’ayant commencé, vous serez sans conteste à l’ombre de la paix intérieure, vous aurez ce coeur tranquille, clair, chaud, joyeux, qui est le paradis de l’âme.

Mais pour que cela soit, il faut décider de mener une telle vie, pour que cette décision soit prise, il faut ressentir le méfait d’une vie inattentive à l’essentiel – ni ceci, ni cela – et l’enthousiasmante dignité d’une vie attentive. Mais ce n’est pas encore suffisant – il y à à se désoler, qu’aussi court que soit le temps déjà passé, il est, malgré tout, en partie perdu. La contrition du coeur sur son mauvais état devant Dieu, est le support de la décision de devenir bon devant Lui à l’avenir. Que le Seigneur vous aille !

Que le Seigneur, qui construit selon Ses propres voies, le salut de tous ceux qui seront sauvés, vous instruise dans la façon de vous orienter, afin que votre vie ne soit pas vécue vainement – ni ci, ni çà ; mais qu’elle soit agréable à Dieu, qu’elle vous apporte le salut et vous serve de voie pour obtenir le royaume céleste !

– LETTRE 38 –

Et je vais rajouter – Ayant lu ce que vous devez faire, ne pensez pas : oh ! là! là ! C’est affreux ! Mais comment vais-je pouvoir faire tout cela ! Et même s’il en est ainsi, il n’y a pas lieu de s’arcquebouter, ce programme est de première importance. Et puis il n’y a là rien de difficile, ni d’extraordinaire. Tout est simple – Commencez petit à petit et vous arriverez à tout faire à temps, correctement. Mais même si vous n’y arriviez pas comme vous l’auriez souhaité, faîtes ce que vous pourrez. – le Seigneur ne cherche pas à condamner sur des détails – il apprécie l’effort et l’intention. Votre effort – vous examiner à fond et vous réformer, sera considéré par Lui comme déjà réalisé, seulement ne lâchez pas, mais avez en vue de continuer, continuer, jusqu’à conclusion satisfaisante. Le plus important, donc, c’est-à-dire le ferme dessein de vous consacrer entièrement à Dieu, doit rester en vous en éveil, absolument vigilant, renforcée gaulé une lois pour toutes. C’est là la condition indispensable pour recevoir la grâce par le mystère de la pénitence et de la Sainte Communion.

Je vais vous remettre en mémoire l’oeuvre d’édification de voire salut, et vous verrez où se trouve le plus important en ce qui vous concerne. Nous avons péché dans nos ancêtres. La Miséricorde Divine a pris pitié de nous, et a préparé le salut en Notre Seigneur Christ, Fils de Dieu, qui a pris chair pour nous, hommes, et pour notre salut. Il l’a accompli par Sa mort sur la croix et Sa Résurrection, et l’effusion de l’Esprit Saint. Ceux qui croient en Lui, s’en approchant dans le repentir, obtiennent par Sa mort la libération de leur péchés, et par leur résolution de Le suivre, ainsi que Son enseignement, dans leur vie, reçoivent par les Sacrements la Grâce du Saint Esprit. Tout ceci s’accomplit dans le baptême et la chrismation; celui qui a reçu la Grâce, commence une vie nouvelle, étant né du Saint-Esprit. Nous avons reçu cette naissance nouvelle, alors que nous étions tout petits Nos témoins pour la foi étant nos parents et parrains ils se sont aussi portés garants de ce que notre vie se déroulerait selon les commandements du Seigneur. Grâce a cela, tout nous a été donné dans les premiers sacrements, comme si nous avions nous-mêmes consciemment déclaré notre foi et fait des promesses; mais, apparemment, à la condition, que lorsque nous aurions grandi et serions devenus conscients, nous reprenions volontairement sur nous les obligations énoncées pour nous, par d’autres, au moment du baptême. Lorsque quelqu’un le fait ainsi, la Grâce de Dieu, agissant jusque là seule et secrètement, commence à agir alors la liberté, et il n’est pas rare qu’elle se lasse ressentir, et qu’elle aide visiblement celui qui a pris une telle décision organiser la réalisation de son salut. Cela se produit la plupart du temps au moment de la pénitence.

Et voici ce qui incombe ensuite à votre bonne volonté. Auparavant, vous avez fait pénitence, accomplissant lotit ce que vous deviez en un tel moment. Mais maintenant vous vous préparez à le faire plus à fond en connaissance de cause. M’appuyant là-dessus, je vous explique ce qu’il vous appartient de faire maintenant. Il vous appartient de prononcer vous-même les promesses que d’autres avaient faites pour vous Les attires avaient alors abjuré en votre nom, Satan, ses oeuvres et services (dans la vie du monde), et maintenant, abjurez le vous-même. Les autres avaient alors certifié pour vous, que vous vous unissiez au Christ, que vous Le serviriez et Le vénéreriez.. Maintenant dites-le vous même de toute votre âme et de lotit votre coeur.

Pénétrez vous de cela avec certitude et prenez les résolutions correspondantes. Que le Seigneur soit votre Aide, ainsi que la Mère de Dieu et votre Ange gardien!

Et que la Grâce du Saint Esprit vous protège par les Sacrements de la pénitence et de la Sainte Communion, dont vous approcherez dans de si bonnes dispositions et résolutions.

Traduit du russe par N.M.Tikhomirova.
Notes:

1) Lettres extraites de 119-133. suite des lettres publiées dans le V.O. n°5
2)  Les , lectures édifiantes pour chaque jour du mois, rassemblées par St. Dimitri de Rostov.
3)  Ceci est exposé en détails dans la brochure de l’Évêque Théophane : Sept homélies pour les semaines préparatoires au Carême. M. 1902
4)  Lettre 26 (à la fin).

Lettre 39

 Par votre dernière lettre, vous m’avez fait une vraie fête. Comme votre tête s’éclaire et comme la résolution de votre cœur prend la vraie direction du salut !
 Donc, vous vous êtes décidée à tout faire, comme cela doit être. Bénis, Seigneur ! Toutes vos idées sur la réorganisation de votre vie future sont bonnes.
 Mais, pour que dans l’enthousiasme vous ne dériviez pas dans cette affaire, même si c’était par zèle, je m’empresse de vous dire différentes choses, pour vous diriger.
 Lorsque vous reconstruirez le tout, voyez à porter l’attention davantage sur ce qui est intérieur, que sur l’extérieur. Pour le moment, l’extérieur peut être  laissé tel quel, excluant seulement ce qui, par nature, a une mauvaise influence su le cœur : agitation, dispersion des pensées, excès de désirs inutiles, etc… Bien sûr, la reconstruction doit concerner aussi l’ordre extérieur mais pas tant dans la forme que dans l’esprit avec lequel cela sera fait. Si vous agissez ainsi, l’extérieur paraîtra le même, à quelques petites exceptions près, mais l’esprit deviendra en tout tout à fait différent. L’intérêt d’éviter une cassure trop brutale dans vos habitudes extérieures est que votre transformation ne sera offerte en spectacle à personne.
 Ce qu’il faut avoir à l’esprit en second lieu, vous l’avez déjà : c’est-à-dire, ne pas croire que ce que vous entreprenez sera d’une réalisation facile. Que d’embûches et du dehors et du dedans ! Et vous faites bien de vous préparer non à une route fleurie, mais à une lutte. Bien, bien ! Préparez-vous à lutter, et demandez toujours au Seigneur, qu’Il vous accorde la force de supporter tout ce que vous rencontrerez de désagréable et de gênant – Ne faites pas confiance à vous-même. Mettez toute votre espérance dans le Seigneur, et Son aide vous accompagnera toujours.
 Mais, vous préparant à combattre, ne croyez pas que vous triompherez toujours. Il faudra souvent prendre seulement patience, ne soutenant qu’une seule tension à la fois – Vous aurez souvent à vous apercevoir, que malgré tout votre désir d’être bien, se faufilent et émergent des ratés. Sachez d’avance que tout cela est dans l’ordre des choses. Si vous y êtes confrontée – ne vous affolez pas. Maintenant, ayant prévu cela d’avance, ne vous attendez pas à trouver devant vous un parcours d’existencee autrement que parsemé de toutes sortes d’obstacles, d’inquiétudes et d’insuccès. Ne faites provision que d’une chose, un courage ferme, ne prêtant attention à rien d’autre qu’à vous en tenir à l’œuvre commencée : en ceci seulement doit consister toute la vie, scellée par la promesse et une ferme résolution. Mais comment ira la vie, quels succès, quels manquements, quelle réaction des autres, laissez tout cela à la volonté de Dieu.
 A travers les expériences rapportées dans la vie des saints, on voit que le Seigneur conduit de diverses façons à la perfection ceux qui s’unissent à Lui par un amour brûlant et Lui consacrent leur vie. Il laisse aussi l’ennemi agir méchamment, sans toutefois retirer, à ce moment là, l’aide de Sa droite. Tout est Dieu. Et Ses voies sont étonnantes et surtout secrètes. Même celui qui est guidé ne les voit qu’après, lorsqu’il regarde en arrière. D’où cette prière de toujours :  » Sauve-moi, selon Tes voies « . Avec cette prière, et se remettant entre les mains de Dieu, tout est complet, irréversible.
 Mais l’ennemi ne sommeille pas non plus. Les Saints de Dieu ont remarqué qu’il agit sur les débutants de double façon : envers certains, il ne manifeste aucune entrave et ne les gêne pas; ceux-ci, ne rencontrant pas d’obstacles, ni intérieurement, ni à l’extérieur, voyant que tout va bien, commencent à rêver : “ voilà donc comment nous avons d’un coup chassé tous les ennemis, ils n’osent même plus se montrer ”. Dès que ces pensées arriveront, l’ennemi immédiatement sera là, et commencera à développer des idées d’auto-satisfaction, par lesquelles naîtra la confiance en soi et l’oubli de l’aide de Dieu, que l’on ne cherchera plus, et dont on sera alors privée. Et dès que les choses en arriveront là, l’ennemi deviendra tyrannique, il excitera le mal à l’intérieur et de fortes oppositions à l’extérieur; et alors, le malheureux confiant en lui-même chute. Veuillez avoir ceci en vue dès maintenant, pendant que vous réfléchissez à l’organisation de votre vie, afin que, lorsque vous commencerez cette vie nouvelle, si tout va bien, vous ne rêviez pas sur vous-même, mais reconnaissiez là le siège de l’ennemi, le plus dangereux; redoublez alors de méfiance et d’attention à l’œuvre. Le perfectionnement se montre peu à peu, et survient effort après effort, année après année – mais non dans le tout début, ni dans les premiers jours.
 Chez d’autres, au contraire, l’ennemi attaque dès les premiers jours de toute sa force et rapidement, de sorte que le débutant s’y perd. Ou qu’il se tourne, tout est contre, et dans les pensées et dans les sentiments, et extérieurement, il ne voit que contrariétés en travers de ses bonnes résolutions, et rien de satisfaisant. L’ennemi agit ainsi pour effrayer le petit débutant du premier coup et l’obliger à abandonner ses bonnes résolutions, pour le faire revenir à une vie insouciante et inattentive. Mais dès qu’il s’aperçoit que le petit nouveau ne se laisse pas faire et tient bon, c’est lui qui recule aussitôt, car l’attitude courageuse devant l’ennemi mérite des couronnes à ceux qui font des efforts, et lui ne veut pas les leur valoir. Donc ayez cela en vue, afin de ne pas vous décourager aussitôt, en cas de fortes oppositions, sachant que c’est une ruse de l’ennemi, qu’il vous abandonnera dès qu’il apercevra la fermeté.
 Vous faites très bien, en ne voyant pas de fleurs devant vous. C’est la véritable façon de voir cette entreprise. Et préparez-vous à la fermeté, mais faites votre salut. J’ai encore à vous dire des choses, mais ce sera pour une autre fois.
 

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