La création de l’homme.
Dans le plan divin de la création du monde visible, l’homme prend la place dominante. Il est simultanément terrestre et en même temps approche le céleste. Dans la création de l’homme nous voyons une difference essentielle par rapport aux autres créations terrestres.

Le conseil de Dieu.
Dieu crée tout ce qui est terrestre seulement par Ses Paroles « Que cela soit ». A la création de l’homme nous voyons que la Sainte Trinité tient d’abord conseil pour décider comment le créer. Ce conseil montre la haute signification donné à l’homme dans le monde. Sa création à l’image de Dieu souligne en particulier sa haute dignité.

Les détails de sa création.
Il y a aussi d’autres détails de la création de l’homme qui le distinguent des autres créations terrestres. Le corps de l’homme est créé d’une matière existante – la terre. Mais ici, Dieu n’utilise pas seulement Sa parole. Et Dieu façonna l’homme, poussière prise à la terre, et Il souffla sur sa face un souffle de vie (Gen. 2,7). Nous voyons pas seulement « la parole », mais nous voyons la directe action divine « souffla ». Dieu élève l’homme au-dessus de tout le monde terrestre, Il lui donne une âme immortelle. En l’homme, Dieu réunit le terrestre, le matériel (le corps) avec le céleste, le spirituel ( l’âme).
La nature de l’âme se distingue complètement du corps. Elle n’est pas terrestre, rien de terrestre n’étant utilisé pour sa création par Dieu. Elle est céleste, supranaturel et grâce à ceci a la prééminence sur tout ce qui est terrestre. Mais Dieu unit indissolublement l’âme au corps terrestre. L’âme dirige, guide le corps, mais l’état du corps peut influer l’âme, peut l’affaibli, même la pervertir.
Le corps – c’est le compagnon de l’âme et son co- participant dans la vie spirituelle de l’homme.
Arrêtons notre attention sur cette participation du corps dans la vie spirituelle de l’homme. Dans la prière, l’homme élève son esprit et son coeur vers Dieu. Mais la prière s’exprime également dans diverses formes extérieures, comme la génuflexion, le signe de croix, l’élévation des mains. En jeûnant, l’homme essaye par l’abstinence de donner libre cours à l’action de son âme. C’est pourquoi le jeûne comporte un exploit à la foi spirituel et corporel. Le corps de l’homme se sanctifie par les Saints Mystères : le baptême, la chrismation, la communion, l’onction de l’huile béni. Cette indissolubable participation du corps avec l’âme dans la vie spirituelle de l’homme est soulignée par les Saints Ecritures. Le Saint Apôtre Paul écrit aux Corinthiens : Glorifiez donc Dieu dans votre corps et dans votre esprit qui appartiennent à Dieu. (1 Cor. 6, 20). Nous lisons également dans son Epître aux Romains : Offrezvos corps comme un sacrifice vivant, saint, agréable à Dieu, ce qui sera de votre part un culte raisonable (Rom. 12,1). Cette participation corporelle à la vie spirituelle, qui répond à la signification exaltante du corps dans la création divine de l’homme, sert aussi de fondement spirituel, moral et dogmatique à la vénération et au culte de l’homme glorifié par sa sainteté. C’est pourquoi nous vénérons les saintes reliques.

La chute dans le péché pour l’Ancien Testament.
Au moment de sa création, l’homme était doué par Dieu d’une âme immortelle et de la possibilité de l’immortalité du corps. L’homme vivait dans un lieu spécialement préparé pour lui, dans le jardin du Paradis. Là poussait l’arbre de la vie, par les fruits duquel l’homme maintenait l’immortalité de son corps.
Mais le diable, jaloux de l’honneur accordé à l’homme, « déploya des trésors de malice pour priver l’homme de la bénédiction divine et, le rendant ingrat, le priver de tous les biens, donnés à lui par l’amour de Dieu pour l’homme » [St. Jean Chrysostome, Conférence sur le livre de la Genèse, conférence 16 ]. L’homme succomba à la tentation et transgressa le seul commandement que lui avait donné Dieu. Cette désobeissance, qui était possible grâce à la libre volonté donnée à l’homme par Dieu, transgresse d’une manière radicale l’ordre divin sur terre.
La chute dans le péché entraîna avec elle de graves conséquences dans toute la vie de l’homme. St. Jean Chrysostome s’en effraie ainsi : « Je ne sais comment nous avons inversé l’ordre et comment le mal s’est accru au point qu’à suivre les désirs de la chair nous forçons l’âme, elle qui devrait comme souveraine présider et commander, détrônée, nous la contraignons à se soumettre à la chair, oubliant sa noblesse et sa prééminence (sur la chair) » [idem, conférence 17]. Après la chute dans le péché, l’homme se soumet plus à ses aspirations corporelles, et en outre son corps est gâté, humilié par le péché.
Moralement, l’homme n’est plus, seul, en mesure de revenir à son mode de vie antérieur, à la sainteté. En lui se manifeste une inclination au péché, il s’écarte de plus en plus de Dieu et de la vie spirituelle avec Dieu.
Cette rupture avec Dieu de même entraîna avec elle de graves conséquences physiques. L’homme est soumis au principe de corruption, qui amène à sa suite la maladie, de grandes peines et enfin, la mort. La mort sépare l’âme du corps, et cette séparation laisse le corps sans cette force spirituelle d’où le corps tire la possibilité d’exister. Sans l’âme, le corps meurt et se décompose complètement, retournant à la matière dont il était fait, il revient à la terre. Par les Saints Ecritures nous voyons que ces conséquences physiques étaient une punition de l’homme pour ses péchés (Gen. 3,16-19). Dieu, appellant l’homme à se repentir et n’obtenant pas de pénitence (par cela est mise en évidence la chute sprituelle, profonde et s’aggravant toujours, comme conséquence du péché), punit Adam et Eve par des maladies, de lourdes peines et la mort. Dieu dit à Eve qu’elle accoucherait dans la douleur et à Adam sont adressées les paroles suivantes, très importantes pour notre exposé. A la sueur de ta face tu mangeras ton pain, jusqu’à ce que tu retournes dans la terre d’où tu as été pris, parce que tu es terre et que tu t’en iras dans la terre (Gen. 3,19). Nous reviendrons à ces paroles très importantes dans la suite de notre exposé.
Mais si Dieu punit l’homme, Il fait cela avec beaucoup de bonté. Comme l’explique l’archiprêtre Michel Pomazansky dans son cours de théologie dogmatique : « Après la chute dans le péché, Dieu n’a pas rejeté l’homme-pécheur. Il ne lui enleva ni Son image, qui le distingue du monde animal, ni la liberté de sa volonté, ni son intelligence capable de saisir les principes spirituelles, ni ses autres capacités. Dieu a procédé avec lui comme un médecin et éducateur. Il couvrit sa nudité avec des vêtements, Il modéra en lui la présomption, l’orgueil, les concupiscences charnelles et les passions par des moyens médicaux : par la peine et les maladies, leur donnant même un sens éducatif : nous-mêmes nous pouvons observer l’action éducative de la peine et l’action purifiante des maladies sur l’âme. Dieu soumit l’homme à la mort physique pour ne pas le livrer à la mort spirituelle définitive, c’est-à-dire pour que le principe du péché en lui ne se développe pas dans des proportions extrêmes, sataniques » (1).
L’homme de l’Ancien Testament, portant dans son corps la corruption du péché, ayant les pensées les plus affligeantes à propos de la vie outre-tombe, et ayant besoin de rédemption, de justification et de délivrance, considerait la chair impure. Dans sa loi, il était dit : Celui qui touchera un mort, un corps humain quelconque, sera impur pendant sept jours (Deut. 19,11). Ayant devant lui une telle mort (corporelle, avec une complète décomposition du corps, et spirituelle, avec l’âme demeurant en enfer) on peut comprendre qu’il ne connaissait pas la vénération des reliques. Mais en même temps il vivait avec l’espérance d’une future délivrance. Et Dieu tout miséricordieux, soutenant cette espoir, donne dès l’Ancien Testament les premiers exemples de la célébration et la vénération des saints restes des justes, la vénération de leurs saintes reliques. Examinons quelques uns de ces exemples :
1) Le Patriarche Joseph ordonna de transporter ses ossements dans la terre promise, ce qui fut accompli par Moïse (Exode 13:19);
2) La vénération des ossements du prophète qui avait prédit à Jéroboam la destruction des autels de sacrifice païens ( 4 Rois 23:18)
3) La résurrection du mort au contact des ossements du prophète Elisée (4 Rois 13: 21)
Le développement de cette vénération atteint un tel degré que même le vêtement d’un juste possède une force miraculeuse. Le saint prophète Elie divisa l’eau du fleuve du Jourdain avec son manteau. L’histoire de l’Eglise fait également mémoire des saintes reliques du patriarche Zacharie, des prophètes Samuel, Daniel et de Simeon le Théodoque. Mais le développement complet et l’acceptation universelle de la vénération des saintes reliques ne se produit qu’après la Résurrection corporelle et l’Ascension au ciel de Jésus Christ, où Il demeure maintenant avec Son Corps très pur.

LE NOUVEAU TESTAMENT.
Avant la chute dans le péché, l’homme vécut une vie bienheureuse en communion permanente avec Dieu. Mais comme nous avons déjà vu, la chute dans le péché changea tout d’une manière radicale, introduisant la prédisposition au péché dans l’essence même de l’homme, l’aspiration à une vie terrestre et charnelle. Et l’homme pêcheur n’était plus dans l’état de corriger cette corruption par ses propres forces, de retourner à la sainteté pour laquelle il avait été créé. Pour cela il fallait un homme nouveau, une nouvelle créature, mais à condition de garder l’ancienne. Une nouvelle force correctrice devra être versée dans l’homme ancien, pour établir en lui un corps spirituel éternel, et par cela vaincre la mort. Cet homme nouveau était le Seigneur notre Jésus Christ, l’Adam nouveau dans Son Incarnation divine.
Le Sauveur nâquit, préservant en Soi toute la nature humaine. Il était vrai homme en tout, seulement le péché Lui était étranger. Jésus Christ était sans péché et comme la mort est une punition pour le péché, Il ne pouvait pas mourir. Mais le Christ s’est fait homme pour sauver l’humanité de la mort. C’est pourquoi Il prend sur Lui-même toute l’humanité pécheresse et meurt. Avec Lui meurt l’humanité pécheresse et ressuscite une créature nouvelle. Cette nouvelle créature, ayant été ressuscitée avec le Christ et par Lui, triompha dans sa résurrection de la mort et maintenant possède la vie éternelle non seulement en son âme mais aussi en son corps, comme dit S. Boulgakov : « Le Christ est réssuscité dans l’humanité et avec l’humanité » (2). Malgré le fait que l’homme soit astreiont à retourner à la terre a cause de ses péchés, il garde un potentiel vital, semblable à un grain dans la terre. Au moment fixé, ce grain poussera en un corps éternel transfiguré et l’âme retournera dans son corps transfiguré pour la vie éternelle commune.
Jésus Christ, en revêtant la nature humaine, éleva le corps de l’homme à un hauteur sans précédant. Etant devenu homme et mourant pour les hommes, le Christ, comme personne d’autre, glorifia le corps de l’homme par Sa résurrection, puis par Son ascension et Sa présence éternelle, « siège à la droite du Père » (6ème article du Credo). Par l’effet de cet amour, le corps de l’homme a acquis une gloire que même les chérubins et les séraphims n’ont pas reçue. Dieu s’est fait homme, non pas ange, ni chérubim, ni séraphim. Le Père Justin Popovitch remarque que « En ressuscitant, le Seigneur introduisit un gage de résurrection dans la nature du corps humain …Depuis cet instant, l’homme sait que le corps a été façonné pour l’éternité par la Divino-humanité et que sa vocation divine sur terre, c’est de combattre avec son âme pour la vie éternelle, combattre avec l’aide de tous les moyens de la Grâce bienfaisante et, par là-même, de s’approprier la Grâce, de s’emplir de la Grâce divine, de se transformer en un temple de l’Esprit Saint, en un temple de Dieu Vivant (3) ».
Après être monté au ciel, Jésus Christ n’abandonna pas Sa créature nouvellement sauvé. Il envoya l’Esprit Saint qui établit l’Eglise du Christ sur terre et qui accorde à l’Eglise tout ses instruments salutaires – les Saints Sacrements. Mais l’homme est appelé à lutter pour la vie éternelle avec l’âme et le corps. A la fois le corps et l’âme sont sanctifiés par les Saints Sacrements. A la fois le corps et l’âme participent dans la prière, le carême et en général dans toutes les luttes pour la vie éternelle. Les saints atteignent un haut degré de succès dans cette lutte. Ils réalisent le but, la destination de leur vie terrestre, leur corps devient effectivement « le temple de l’Esprit Saint, le temple du Dieu vivant » (2 Cor. 6, 6-19). C’est pourquoi leur corps, comme demeure de l’Esprit Saint, sont vénérés par Dieu et par les hommes. St. Jean Damascène exprime admirablement cette vérité : « Depuis le moment où Celui Qui est Lui-même la Vie et l’Auteur de vie fut compté parmi les morts, nous n’appelons plus morts ceux qui se sont endormis, ont trépassé dans l’espoir de la résurrection avec foi en Lui, nous ne les appelons pas des morts. Car comment un corps mort pourrait-il accomplir des miracles ? » [P.Justin Popovitch, article cité]. (…)
Archiprêtre Serge Kotar

Notes.
1) « Pravoslavnoe dogmatitcheskoe bogoslovie « Jordanville, 1963 (2ème partie, pp..101) ou, dans sa version en anglais, Orthodox Dogmatic Theology, Platina, Cal. 1984 , pp 159-160.
2)A Propos des Saints Reliques , Vestnik H{L n°166,1992. Il faut noter que, malgré le fait que S. Boulgakov ait été condamné pour ses enseignements et déposé, cet article contient des réflexions très intéressantes sur les saintes reliques. La citation donnée exprime une notion tout à fait orthodoxe de la Résurrection de Jésus Christ.

(3) Archimandrite Justin Popovitch, « Saints Reliques », Vestnik H{L n°166, 1992).

La vénération des Saintes Reliques.

Dès les premiers temps de son existence, la Sainte Eglise comprend et accepte mystiquement et d’une manière intrinsèque, la célébration et la vénération des saintes reliques des saints qui ont trouvé grâce auprès de Dieu. Elle n’a pas besoin d’un décret ou de la ratification dogmatique d’un concile. Elle accepte cela naturellement à travers la pratique ecclésiale. Dès les temps apostoliques, nous voyons recueillir et  préserver les restes des saints martyrs. Comme c’était le temps des persécutions, cette collecte comportait de grands dangers. Il est frappant de voir à quel point le peuple de l’Eglise comprenait la signification et la force spirituelle des saintes reliques pour commencer cette œuvre ecclésiale nouvelle.
 Il est écrit dans la vie de Saint Ignace le Théophore, à l’occasion du transfert de ses reliques à Antioche : «Après que Saint Ignace le Théophore eut été déchiré pour le Christ par des bêtes sauvages à Rome sur l’ordre de l’empereur Trajan, il ne resta de lui que quelques  ossements d’assez grosse taille. Les fidèles qui étaient alors à Rome les ramassèrent et les mirent à un endroit honorable dans cette même ville et puis, toujours pendant la règne du même Trajan, les transférèrent à Antioche, pour la protection de la ville, pour le guérison des malades, pour la consolation de tout son troupeau spirituel et pour la gloire du Christ Dieu, au Nom duquel il souffrit ardemment (Vie des Saints , 29 janvier).
 A travers cette description on voit que dejà, moins de cent ans après l’établissement de l’Eglise du Christ, les fidèles acceptent  et comprennent parfaitement la sainteté et la force spirituelle miraculeuse des saintes reliques. Non seulement ils recueillent les ossements pour pieusement les vénérer,  mais encore les transfèrent de Rome à Antioche pour recevoir d’eux une miraculeuse intercession.
 La pratique de l’Eglise de recueillir les reliques des martyrs se répandit partout. Les fidèles recueillirent les ossements malgré les persécutions, les conservèrent avec piété, établirent des fêtes en mémoire des martyrs et célébrèrent des liturgies sur les tombeaux contenant des reliques. Cela continua jusqu’à la fin des persécutions menées par les païens.
 Au IVème siècle l’empereur Constantin le Grand mit fin à la persécution des chrétiens. Avec son appui, la vénération des saintes reliques se répandit. Les chrétiens se mirent à recueillir les reliques ensevelies dans les catacombes ou les cimetières pour les transférer dans les villes. Les saintes reliques sont placées dans les autels, les tables d’offrande et les autres lieux propices à la vénération dans les églises. Sur l’ordre de l’empereur Constantin les saintes reliques des Apôtres André, Luc et Timothée furent transférées à Constantinople et mises dans la table d’offrande de l’Eglise dédiée aux Saints Apôtres. Furent également transférées les reliques de Samuel et Zacharie, des saints de l’Ancien Testament. De nouvelles églises se construisirent sur les tombeaux des saints. Tout cela se faisait naturellement dans la pratique ecclésiale, sans la décision d’un quelconque synode.
 Au VIIIème siècle, l’Eglise apporte une sanction synodale à la vénération des saintes reliques. Le VIIème Concile Œcuménique se réunit pour le rétablissement de la vénération des icônes. Les pères de ce concile trouvèrent nécessaire de reconnaître également la vénération des saintes reliques des martyrs. Il imposa même la nécessité à toute église d’avoir des reliques dans son autel. Le décret dit : « Notre Seigneur Jésus Christ nous a donné les reliques des saints comme une source porteuse de salut, répandant toutes sortes de bienfaits sur les infirmes. Ainsi, pour ceux qui osent rejeter les reliques d’un martyr : s’ils sont évêques, qu’ils soient déposés; s’ils sont moines ou laïques, qu’ils soient excommuniés». De même, pour régulariser l’ordre du placement des saintes reliques dans les autels, les participants du concile, dans le 7ème canon de ce concile édictèrent (2) : « Si certains vénérables temples ont été consacrés sans saintes  reliques de martyrs, nous décrétons : qu’y soit accomplie la mise en place de reliques avec la prière habituelle». Et depuis ce temps, dans les églises orthodoxes, la liturgie n’est célébrée que s’il y a un antiminsion (3) dans lequel sont cousues des reliques des saints martyrs.
 La pieuse pratique de la vénération des saintes reliques, si naturellement entrée dans la vie des premiers temps de l’Eglise du Christ, continue jusqu’à nos jours. Si dans les temps anciens on glorifiait dans les martyrs la première image de la sainteté, cette vénération s’est depuis élargie à tous les saints de l’Eglise Orthodoxe. En lisant la Vie des saints, nous trouvons une multitude d’exemples de collecte ou de préservation des reliques, de leur invention ou de leur transfert, et une multitude de grands miracles d’intercession, de guérison ou d’autres bienfaits reçus par les gens venant avec piété et foi vénérer les restes sacrés des saints qui ont trouvé grâce auprès de Dieu. Les livres liturgiques de l’Eglise citent une grande quantité d’exemples de miracles manifestés par des saintes reliques. En lisant les saints Pères de l’Eglise nous rencontrons encore un grand nombre d’écrits nous exhortant à vénérer et à croire en la force miraculeuse de la Grâce bienfaisante procurée par les saintes reliques aux pécheurs que nous sommes.  Citons quelques exemples.
 Le bienheureux Augustin : « Le miracle des saintes reliques témoigne de la foi qui proclame que le Christ ressucite en Sa Chair et avec Sa Chair  monte aux  Cieux.» (4)
 Saint Jean Damascène : « Les saints sont devenus par la grâce ce que le Christ se manifeste par nature, c’est-à-dire qu’ils deviennent dieux par la Grâce : de pures demeures vivantes de Dieu». Le saint prolonge ainsi sa pensée : « En conséquence, comment ne pas vénérer des temples animés de Dieu, des demeures corporelles animées de Dieu. Ceux-ci, étant vivants, se tiennent avec hardiesse devant Dieu».(5)
 De tout ce qui précède nous voyons comment les saints, glorifiant Dieu dans leurs vies, reçoivent la glorification miraculeuse de Dieu à travers leur temple corporel de l’Esprit Saint. Mais la miséricorde de Dieu va encore plus loin. Dans l’histoire de l’Eglise nous voyons des cas ou l’Esprit Saint demeure miraculeusement non seulement dans leur corps mais se tranfère même sur leurs vêtements. Le premier exemple en a été donné par le Christ Lui-même, lorsqu’Il guérit la femme atteinte d’une perte de sang qui touchait le bord de Son vêtement (Luc 8:44). Dans les Actes des saints Apôtres nous lisons que les linges du saint Apôtre Paul guérissaient les malades et chassaient les esprits malins (Actes 19:12); l’ombre du saint Apôtre Pierre manifeste la même force miraculeuse (Actes 5:15). Si Dieu glorifie de cette façon ceux qui ont trouvé grâce auprès de Lui, pouvons-nous douter que notre culte et notre vénération des temples corporels du Dieu Vivant est une coutume réellement agréable à Dieu, établie par Dieu Lui-même dans Sa miséricorde pour nous, pécheurs ?

L’incorruptibilité des saintes reliques.
Pour terminer, analysons la façon dont l’Eglise comprend l’incorruptibilité des saintes reliques.
 Dieu Lui-même, dans la création de l’homme, a donné un fondement au culte des saintes reliques. Dieu a lié les deux principes dans l’homme, le spirituel et le corporel, et demande la participation mutuelle de ces deux éléments dans le combat pour le Royaume céleste.
 La chute dans le péché a perverti le plan divin du service de Dieu par l’homme. L’homme s’est éloigné de Dieu par chacun de ces deux principes et a commencé à servir ses propres envies pécheresses et corrompues. L’homme avait besoin de la correction divine du Sauveur et il ne connaissait pas encore la vénération des reliques puisque toute l’humanité attendait la Rédemption.
 Notre Sauveur a élevé le corps humain à une hauteur sans précédent par Son incarnation divine, Sa mort corporelle, Son ascension au ciel où Il demeure corporellement jusqu’aujourd’hui.
 Par Sa glorification du corps humain, Jésus Christ confirme la vénération des reliques. Le corps possède le gage de la vie éternelle, quand il ressucitera dans son nouvel aspect transfiguré à la Seconde Venue de Jésus Christ.
 Un saint atteint le but de la vie chrétienne dans son âme et dans son corps. Dieu glorifie l’âme du saint au ciel et glorifie souvent le corps saint sur terre par l’accomplissement de miracles.
 La vénération, la glorification des saintes reliques constitue un acte agréable à Dieu à en juger par les grandes vertus bienfaisantes données par Dieu aux saintes reliques. Elle a reçu une confirmation lors du Septième Concile œcuménique.
 La question de l’incorruptibilité des saintes reliques nous tient d’autant plus à cœur que le Seigneur, manifestant aux pécheurs que nous sommes son immense miséricorde divine, glorifie aujourd’hui le corps incorrompu d’un grand saint qui a trouvé grâce devant  Lui, Monseigneur Jean d’éternelle mémoire. Pour beaucoup d’entre nous, ce sera la première fois que nous nous inclinerons devant le corps totalement incorrompu d’un saint. Beaucoup se souviennent des funérailles de Monseigneur, quand ils sentaient la chaleur surnaturelle et la souplesse de son saint corps durant l’office funèbre.
 L’Eglise enseigne que l’homme meurt à cause du péché. Le retour à la matière dont a été formé le corps, c’est la condition nécessaire à l’homme pécheur pour que son corps puisse ressusciter dans son aspect nouveau, transfiguré. C’est seulement le corps de notre Sauveur, grâce à Son absence de péchés, qui  échappe à la corruption, comme le chantent et nous l’enseignent les offices divins de l’Eglise. Le Métropolite Séraphim (Tchitchagoff) explique très bien cet enseignement de la Sainte Eglise : « Si les os restent intacts dans  l’aspect qu’ils ont chez les saints, c’est un miracle exceptionel. Si, outre les os, la majeure partie du corps subsiste incorrompue, et de plus se dessèche sans que les articulations et les ligaments se désagrègent, c’est un miracle encore plus confondant pour les yeux et pour l’esprit humain. Mais si en terre un corps reste totalement incorrompu et qu’aucune de ses parties ne tombe en poussière, cela ne peut pas ne pas être reconnu comme un miracle divin.» (6)
 “La Nouvelle Table de la Loi” (7) explique que l’incorruption d’un corps est donnée par Dieu aux justes. Alors les reliques resplendissent de beauté et répandent un parfum. A cela on peut ajouter la profusion des miracles provenant des reliques. Cet ouvrage prévient que l’incorruption peut également provenir du courroux divin : alors les restes sont gonflés, d’une teinte  noire insolite, présentent un aspect hideux et après la prière d’absolution, ils se décomposent d’une manière visible. Une troisième cause d’incor-ruption peut être fortuite : la momification ou les conditions climatiques.
 Enfin, il est important de remarquer que la conscience ecclésiale attribue à la moindre parcelle de reliques la gloire entière du saint. En priant devant une parcelle de relique, le croyant voit devant lui le saint tout entier et participe à la pleine gloire et à la grâce du Saint Esprit données  au saint.
 Je voudrais souligner à quel point la préparation de cet exposé m’a procuré un réel réconfort spirituel, ce pour quoi je rends grâce au Seigneur Dieu. Je remercie également notre Vladyka, qui ma confié ce travail (9).
                                                         Archiprêtre Serge Kotar.

            N° 7 (534) Juillet 1994, p. 5-9
                  Traduit du russe par m. M. de  Castelbajac.
Notes:
1)  La  1ère partie de cet exposé a été publiée dans La Voie Orthodoxe N°10
2) Actes du VIIème Concile ( Nicée II), 7ème canon.
3) L’antiminsion, un rectangle de tissu de soie où est représenté  l’ensevelisement de notre Seigneur Jésus Christ et dans lequel sont cousues ces parcelles de saintes reliques, est toujours donné et signé par l’Evêque. Placé au centre sur l’autel, il est déplié durant les ecténies qui précèdent la Grande Entrée et c’est sur lui que s’effectue la consécration des Saints Dons.  Si la sainte Liturgie eucharistique se déroule ailleurs que dans une église, elle doit en tout cas nécessairement être célébrée avec un antiminsion.
4) Bienheureux Augustin, De la Cité de Dieu , livre 22, chapitre 9.
5) St Jean Damascène, Exposition exacte de la Foi Orthodoxe.
6) Sur les Saintes Reliques, mitr.Seraphim (Tchitchagov) GRAD KITEGE N°4 (9), 1992
7)  La Nouvelle Table de la Loi  constitue un commentaire des règles et des pratiques de l’Eglise Russe Orthodoxe.
9)  Cet exposé a été composé avec la bénédiction de Son Eminence Antony, Archevêque d’Amérique Occidentale et de San Franscisco et lu à l’Assemblée Pastorale du diocèse d’Amérique Occidentale, qui s’est tenue dans l’Eglise de Tous les Saints qui ont illuminé la Terre Russe, à Burlingame le 30 novembre 1993.